Soyeux et Canuts au XIXe

Publié le par Jérôme Croyet

LES SOYEUX

 

 

 

En 1835, le soyeux lyonnais Bonnet délocalise sa fabrication dans le Bugey, à Jujurieux, berceau de la famille. L'usine de soierie Bonnet se spécialise dans la création et le tissage du velours façonné sur fond de mousseline de soie. L’étoffe noire lui assure une renommée mondiale. Elle devient rapidement l'une des plus importantes soieries en France. A la mort de son fondateur, en 1867, la soierie emploie 1200 personnes à Jujurieux et 1400 à Lyon. Vers 1870, elle regroupe métiers à tisser mécaniques, ateliers de filature et de moulinage de la soie. En développant un important travail de tissage à domicile sur des métiers à bras, elle essaime de la production sur un large territoire de proximité employant notamment de la main d'œuvre féminine. A l’usine, où elles sont 600 en 1900, elles sont paternellement encadrées par une organisation morale, sociale et religieuse personnifiée par des religieuses de l’ordre de St Joseph.

 

Pour les soyeux travaillant hors de murs, le travail se fait en famille : la femme prépare les fils de chaîne et ses enfants sont tireurs de lacs. La haute taille de ces métiers justifie la hauteur de plafond. Tout se trouve dans la même grande pièce principale que les métiers occupent presque totalement. Parfois une soupente aménagée à la hauteur de la partie supérieure des métiers sert de chambre à coucher et la partie inférieure est utilisée pour la cuisine. Soumis aux lois du marché, de l'offre et de la demande, la situation de ces soyeux est souvent précaire car il arrive que l'ouvrage vienne à manquer et c'est la morte-saison. Le travail est payé, non à la journée, mais à la pièce, les maîtres-ouvriers se concurrençant pour obtenir le travail, ce qui arrange les fabricants et concourt au maintien bas des salaires.

Jérôme Croyet

 

Docteur en histoire, collaborateur du Magazine Napoléon 1er

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