L'uniforme militaire français 1786 - 1815

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C’est à partir de 1666 et des réformes de Louvois, que l’uniforme devient obligatoire dans l’armée royale française. C’est en 1670 que les couleurs des uniformes des certaines armes se fixent pour près de 150 ans : vert pour les dragons et bleu pour la cavalerie. La campagne d'Amérique et le règlement de 1786 redonnent du prestige à nos troupes qui sont dès lors de hautes qualités, disciplinées et guidées par un encadrement instruit. Le "règlement arrêté par le roi pour l'habillement de ses troupes" du 1er octobre 1786 est un modèle du genre. Le moindre détail est définit tant dans l'habit que dans l'équipement. Ce règlement va organiser la tenue des troupes française pour presque 30 ans. Cet habit veste est l’uniforme de l’armée française, aussi bien des fantassins, de ligne ou léger, des artilleurs, des dragons ou des chasseurs à cheval. Seuls les hussards portent un uniforme différent.

 

La Révolution

Avec la tourmente Révolutionnaire, l’utilitaire va faire force de loi. Même si l'armée garde le même uniforme, la couleur blanche est remplacée par le bleu national issu des Gardes Nationaux. Au fur et à mesure que les bleus rentre dans les rangs, le blanc disparaît. En 1791, l’uniforme change un peu avec l’instruction provisoire : les parements à pattes apparaissent, le bouton de la patte d’épaule est cousu plus près du col et les boutonnières se trouvant sous le revers gauche disparaissent. L’infanterie se voit dotée d’un casque en cuir à chenille, inspiré de celui des milices américaines de la Guerre d’Indépendance. Ce couvre chef est mal accepté par le soldat à cause de « la grossièreté de sa fabrication, son poids et, paraît il, son odeur »[1]. En 1794, l’infanterie légère est distinguée : elle se voit adopter une habit veste à revers en pointe, basques courtes, bleu liseré de blanc avec des guêtres courtes. Malgré un vide total de réglementation générale, des réglementations particulières apparaissent : en 1792, c’est le port des guêtres : elles sont en laine noire à boutons jaunes pour l’hiver, en toile grises à boutons noirs pour la route et blanches pour l’été et la parade. Cette même année, les grenadiers d’infanterie perdent leur bonnet d’ourson et le 4 septembre, les tambours abandonnent la livrée royale. Durant cette période, la tenue vestimentaire civile, plus politisée influence les uniformes militaires : la cravate couvre le menton à la mode des Muscadins, le gilet civil remplace celui d'ordonnance, la culotte blanche est remplacée par une culotte rayée, les bonnets aux broderies républicaines remplacent parfois les chapeaux[2] et le casque à chenille[3] et les chaussures à bout carrée mis à la mode par les Incroyables donnent le ton aux pieds militaires : le mot uniforme n'a plus qu'un sens théorique.

 

Le Consulat et l’Empire

Il faut attendre la fin de la Révolution et l'arrivée au pouvoir du général Bonaparte pour remettre un peu d'ordre. L'arrêté du 26 octobre 1801 organise l'évolution de l'équipement. Toutefois la coupe de l'habit change peu, les seules évolutions notables sont liées à la mode du moment, au besoin d’économie et à l’utilité : vers 1805 les revers arrondis de l'ancienne armée sont devenus droit et plus court, les basques, plus étroites, se raccourcissent et les retroussis deviennent fictifs car cousus[4]. Les uniformes ne sont pas tous changés, certains sont juste modifiés par des tailleurs[5]. Des réglementations particulières émaillent toutefois la période. Le 8 décembre 1802, les musiciens prennent le galon or, les distinguant de nouveau des soldats[6]. Le 25 mars 1806, le port du shako, utilisé dans la légère depuis 1800, est entendu à l’infanterie de ligne. Le 25 avril, la capote en drap beige, « héritée des…préceptes de 1776 »[7], est donnée à l’infanterie française.

 

Le temps des économies

Cette année là, les restrictions économiques se font de plus en plus lourdes, à cause du blocus continental et se font ressentir dans l’uniforme. Le 24 juillet, l’infanterie française se voit reprendre l’habit de drap blanc à couleurs distinctives par série, comme sous l’Ancien Régime. Toutefois, le manque de discrétion de la tenue face au sang et l’attachement au bleu républicain la fait abandonner dès octobre 1807. Malgré ce revers, l’administration impériale reste désormais plus économe dans la fabrication des uniformes, ainsi, 12 mars 1808, Napoléon demande à Murat de « ne donner à toutes les armes de cavalerie qu'un seul habit comme à l'infanterie; ce qui produira une grande économie et allégera beaucoup cette arme » et le 12 juillet 1808, il suggère un drap bleu de ciel pour l'uniforme de la légion portugaise, « cette couleur exigeant moins d'indigo que le bleu ordinaire ». Le 9 novembre 1810, un nouveau règlement sur le shako est publié. Outre de nouvelles caractéristiques, les cordons raquettes et les plumets sont supprimés.

Fin 1809, la première étude économique sur la fabrication des uniformes débute. Un tableau des économies résultant de la substitution de la toile de doublure (lin) au cadis (laine), dans les parties de l'habillement qui en sont susceptibles, est réalisée en 1810. Cette étude permettrait de faire des économies substantielles en remplaçant la laine par de la toile, moins chère, sans que cela ne n'entame la solidité de l'uniforme : c'est la première évolution officielle de l'uniforme depuis 1786. La circulaire du 18 février 1810 applique la substitution du cadis par la toile à doublure dans toutes les parties non visibles de l’uniforme. Dans la pratique rien n'est modifié.

 

La mode civile

Cette reprise en main de l’uniforme militaire français trouve un grand écho dans le monde civil qui l’adopte en partie : col cravate, bicorne, charivari plus serré, culotte et bottes à la hongroises chez les hommes. Même chez les femmes, l’influence des choses de l’armée se fait sentir : le châle de cachemire et les turbans, venant des conquêtes militaires, investissent la mode féminine : « le costume est à la fois le reflet d’une société qui prétend se réformer et la réussite d’une autorité militaire qui conçoit l’ordre dans le costume aussi bien que dans l’Etat »[8]. Cette mode militaire influence surtout la tenue des administrations[9], ce qui permet de reconnaître les fonctionnaires par leur tenue, ce qui fait travailler les manufactures et enfin, cela « permet aux civils d’être aussi repérables, et considérés, que les militaires »[10].

 

Aux bons vouloir des colonels

Si l'uniforme et l'équipement sont réglementés, au niveau des régiments, les colonels restent maîtres et laissent libre cours à leur imagination en dépit des modèles fabriqués par le gouvernement et envoyés aux maîtres-tailleurs des différents corps. Que cela soit pour la coupe de l'habit, les couleurs et formes[11], la forme des plaques de shako ou bien de leurs agréments[12], chacun n'a de cesse que de se distinguer des autres. Ainsi, le 25 janvier 1806, le colonel du 2e régiment de chasseurs à cheval « soucieux d’appliquer le décret du 25 janvier sur l’uniforme, fait confectionner pour chacun une plaque de shako en forme de losange et décorée d’un aigle afin de remplacer l’ancien cor de chasse »[13]. Tout en voulant respecter le règlement, il lance une fabrication « sauvage » avec une interprétation personnelle, distinguant le régiment. De même, au sein d’un régiment, la mode influence l’usage d’un vêtement, comme le port du charivari dans au 26e régiment d’infanterie de ligne en 1812, le couvre giberne dessiné et le pantalon de nankin collant au 2e régiment de conscrits chasseurs de la Garde en 1809.

Ainsi après plusieurs rappels à l'ordre sans effet, en juillet 1811, Napoléon décide de former une commission militaire qui devra déterminer la composition des uniformes des troupes de terre de l'armée française, car le plus gros défaut du règlement de 1786 est de n'être accompagné d'aucun dessin ou patron !

Cette tache est menée en moins de six mois. Dés le 19 janvier 1812, le texte est partiellement publié sous forme de "Décret Impérial relatif à l'Uniforme des Troupes à pied " puis le 7 février dans le "Décret Impérial relatif à l'habillement des Troupes à cheval".  La grande nouveauté du règlement de 1812 est, pour le plus grand bonheur du soldat[14], la généralisation de l'habit veste qui, à la différence de l'ancien habit frac, est pourvu de revers qui couvre complètement l'estomac du soldat, ainsi que des basques courte, moins gênantes notamment pour les cavaliers, plus confortable et chaud.

Pourtant publié en janvier 1812, ce règlement n’est mis en oeuvre qu'au début de l'année 1813 : "plusieurs régiments m'ont demandé s'il devaient faire confectionner l'habillement du 2e semestre 1812, et celui des hommes de nouvelle levée, suivant le nouvel uniforme réglé par le décret impérial du 19 janvier. La totalité des remplacements de l'exercice 1812, ayant été accordé à l'ancien uniforme, il est impossible avant que la masse ait été réglée dans les proportions des dépenses qui résulteront du nouvel uniforme, de mettre le décret du 1er janvier en vigueur ; en effet, cet uniforme étant plus dispendieux que l'ancien, la masse ne suffirait pas pour couvrir les dépenses ; d'un autre coté, la célérité que les corps doivent mettre dans les confections, pour expédier à leurs bataillons ou escadrons de guerre ce qui leur est du, ne leur permettrait pas d'attendre les modèles que je dois leur envoyer afin d'établir une parfaite uniformité dans toute les parties de l'habillement et les suppléments d'étoffes qu'il y aurait lieu de leur fournir pour compléter le nouvel uniforme. J'ai décidé, en conséquence que les corps de toutes les armes feraient confectionner à l'ancien uniforme les remplacements de 1812, et que les dispositions du décret du 19 janvier ne seraient applicables qu'aux remplacements de 1813".

Auréolé de prestige et de gloire, l'uniforme de la Grande Armée est repris, dans sa forme, par de nombreux de belligérants de l'époque, que cela soit le royaume d'Italie, le royaume de Hollande, la Confédération du Rhin.



[1] PETARD (Michel) : « Le fantassin de 1791 » in Tradition Magazine n°9.

[2] Lorsque ce dernier est porté, il peut l’être à l’envers, la corne et la cocarde sur l’arrière de la tête.

[3] Ce dernier disparaît en 1795.

[4] En effet, n’étant plus destinés à être dégrafées pour protéger les jambes, à cause de l’accentuation des revers, elles sont désormais cousues sur les basques.

[5] C’est le cas d’un habit de capitaine des grenadiers du 39e de ligne, fabriqué avant 1804 qui est modifié à ce moment : les trois pointes des revers sont refaites, l’ouverture sur l’estomac est accentué et les revers des basques sont cousus.

[6] Cette réaction de l’uniforme des tambours et musiciens est achevée le 30 novembre 1808, les musiciens, tambours et trompettes prennent la livrée impérial sur habit à fond vert, mettant officiellement fin à la bigarrure chamarrée et régimentaire régnant jusque là.

[7] PETARD (Michel) : « Le fantassin de 1791 » in Tradition Magazine n°11.

[8] BOUCHER (François) : Histoire du costume en Occident. Flammarion, 1996.

[9] L’uniformisation des administrations civiles touche tous les corps : agents forestiers, Conseil d’Etat, Ponts et Chaussés, Contributions Directes, Douanes, Institut, Juges, Lycées, Postes, Navigation, policiers, pompiers, Enregistrement ou préfets.

[10] PIGEARD (Alain) : « Quand l’habit civil devient uniforme. 1800-1815 ». Tradition Magazine, n°171 et 172.

[11] Il s'agit des parements et leurs pattes, passepoil du col ou des revers.

[12] Voir BLONDIEAU (Christian) : Aigles et shakos du Premier Empire. Argout éditeur, 1980.

[13] RAUCOURT (Gaëtan de ) : De Boulogne à Waterloo avec le 2e régiment de chasseurs à cheval. Editions des Ecrivains, 1999.

[14] « Je fus le premier homme du régiment qui portait le nouvel uniforme qu’on avait baptisé Marie Louise…Cet uniforme était…déjà une amélioration, comparativement à l’ancienne ordonnance qui donnait aux soldats de la ligne un habit bleu à revers blancs échancrés ». JOURQUIN (Jacques) : Souvenirs de campagnes du sergent Faucheur. Editions Taillandier, 2004.

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